In a debate that has inflamed French politics, Marion MarĂ©chal uttered a shocking phrase that continues to resonate: “Mr. Bally Bagayoko is more likely to be a descendant of slave owners than I am.” This statement, made during a speech commemorating the abolition of slavery, sparked controversy and revived a subject long considered taboo: the complete history of the slave trade, far beyond the European transatlantic slave trade alone.
The MEP, a prominent figure on the national right, was reacting to the cancellation of a commemoration ceremony in Vierzon. For her, the memory of slavery should not be limited to pointing the finger solely at Europeans. She explicitly cited the Arab-Muslim slave trade, estimated at 17 million victims, and the intra-African slave trade, estimated at around 14 million victims. These figures, although debated by historians, regularly appear in the works of specialists such as Olivier Pétré-Grenouilleau and Ralph Austen.
Bally Bagayoko, the LFI mayor of Saint-Denis and of Malian origin, embodies for Marion Maréchal the symbol of selective memory. The elected official claims noble Malian roots. However, according to the MEP, some noble families in Mali and the Sahel region still practiced slavery structurally well into the 20th century. Hence this direct accusation: a profile like his would statistically be more likely to be linked to slave-owning lineages than that of a French woman of European origin.
This verbal confrontation reveals a deep divide in French society regarding the teaching and commemoration of slavery. On one side, an official narrative centered on the transatlantic slave trade, repentance, and reparations. On the other, a desire to contextualize this tragedy within a broader historical framework, where slavery appears as a near-universal phenomenon, practiced by numerous civilizations across all continents and throughout history.

The disturbing figures
La traite arabo-musulmane, également appelée traite orientale ou transsaharienne, s’étend sur plus de 13 siècles, du VIIe au XXe siècle. Les estimations varient selon les historiens : entre 6 et 10 millions pour certains, jusqu’à 17 millions pour d’autres, en comptant les routes transsahariennes, la mer Rouge et l’océan Indien. Les captifs étaient emmenés vers le monde arabe, l’Empire ottoman, la Perse ou l’Inde. Contrairement à la traite atlantique majoritairement masculine pour le travail des plantations, celle-ci visait aussi massivement les femmes et les enfants pour la domesticité et la concubinage.

Beaucoup de ces esclaves subissaient une castration systématique, particulièrement les hommes destinés à devenir eunuques. Ce traitement explique en partie pourquoi la descendance afro-arabe visible reste limitée comparée à la diaspora atlantique. Des villes comme Zanzibar ou Le Caire furent des plaques tournantes majeures de ce commerce.
La traite intra-africaine n’est pas moins lourde. Avant même l’arrivée des Européens, puis en parallèle, de puissants royaumes africains (Dahomey, Ashanti, Mali, Songhaï, etc.) capturaient, vendaient et possédaient des esclaves. Les estimations parlent de 14 millions de personnes déplacées à l’intérieur du continent sur plusieurs siècles. Les captifs servaient de main-d’œuvre, de monnaie d’échange ou de sacrifice dans certains rituels.
La traite transatlantique dans ce contexte
Pour rappel, la traite transatlantique européenne (principalement portugaise, britannique, française, espagnole et néerlandaise) a concerné environ 12 à 15 millions d’Africains déportés vers les Amériques entre le XVIe et le XIXe siècle, dont environ 10 à 11 millions survécurent au voyage. La France y participa activement via des ports comme Nantes, Bordeaux ou La Rochelle, avec le Code noir régissant la vie des esclaves dans les colonies.
Pourtant, Marion Maréchal et ses soutiens soulignent que cette traite, bien que dramatique, fut plus courte (quatre siècles) et aboutit à l’abolition initiée par les Occidentaux eux-mêmes, sous pression des Lumières, des abolitionnistes britanniques et français comme Wilberforce ou l’abbé Grégoire.
Bally Bagayoko et les origines maliennes
Bally Bagayoko, élu insoumis, représente une gauche radicale qui voit dans l’esclavage colonial l’origine de tous les maux contemporains : racisme, inégalités, immigration. Marion Maréchal lui oppose une lecture plus universaliste : tous les peuples ont été à la fois victimes et bourreaux dans l’histoire de l’esclavage. Elle rappelle que l’esclavage existait en Afrique bien avant l’arrivée des Arabes au VIIe siècle, et que les royaumes africains fournissaient eux-mêmes les captifs aux marchands européens sur les côtes.
Des historiens africains comme Tidiane N’Diaye, auteur du Génocide voilé, ont eux-mêmes documenté l’ampleur de la traite arabo-musulmane et ses conséquences démographiques dévastatrices sur le continent noir.
Une mémoire à géométrie variable ?
La polémique intervient dans un contexte français tendu : débats sur l’immigration, l’islam, l’identité nationale et les « décolonialistes ». Pour les uns, insister sur les autres traites sert à relativiser la culpabilité occidentale. Pour les autres, cacher ces réalités historiques relève d’une idéologie militante qui instrumentalise le passé à des fins politiques actuelles.
Marion Maréchal propose une commémoration qui « dénonce tous les esclavages », sans exception. Elle argue que la vérité historique doit primer sur les narratifs victimaire ou repentance sélective. Bally Bagayoko, de son côté, incarne une ligne qui voit dans toute tentative de contextualisation une forme de négationnisme ou de racisme anti-noir.
Les réactions et le débat public
Cette passe d’armes a immédiatement divisé la classe politique et les médias. Certains accusent Marion Maréchal de faire diversion pour éviter d’assumer le passé colonial français. D’autres la saluent pour son courage à briser un tabou entretenu par l’enseignement officiel et une certaine intelligentsia.
Sur les réseaux sociaux, des milliers de messages ont salué son intervention comme un « réveil historique ». D’autres l’ont violemment critiquée, l’accusant de racisme ou de révisionnisme.
Vers une histoire globale de l’esclavage ?
Les historiens sérieux s’accordent sur un point : l’esclavage est une constante de l’histoire humaine. On le retrouve chez les Égyptiens, les Grecs, les Romains, les Vikings, les Mongols, les Ottomans, les Arabes, les Africains, les Amérindiens… L’originalité de l’Occident moderne ne réside pas dans sa pratique, mais dans le fait d’avoir été le premier à l’abolir au nom des droits de l’homme universels.
La question reste ouverte : la France doit-elle continuer à focaliser sa mémoire uniquement sur son rôle dans la traite atlantique, ou adopter une approche plus complète, qui inclut toutes les tragédies humaines liées à l’esclavage ?
Marion Maréchal a clairement choisi son camp. Bally Bagayoko aussi. Leur affrontement n’est pas seulement politique, il est civilisationnel. Il interroge la France sur ce qu’elle veut transmettre à ses enfants : une mémoire apaisée et complète, ou une mémoire militante et sélective.
Le débat ne fait que commencer. Et dans une période où les identités se crispent, il risque de s’intensifier encore dans les mois et années à venir.